Accueillant-e Temps Libre ? Et ton vrai métier ?

Elle partait pourtant d’une bonne intention, cette obligation de se former pour les professionnel-le-s de l’Accueil Temps Libre (ATL)… Mais sa mise en pratique sur le terrain a souvent révélé les dysfonctionnements d’un secteur pris en étau entre le vouloir et le pouvoir. Petit coup de gueule au nom d’un accueil extrascolaire de qualité, reconnu à sa juste valeur.

Opérateur de formations agréé par l’ONE depuis de nombreuses années, le CJLg a vu défiler des centaines d’accueillant-e-s temps libre (anciennement, « gardien-ne-s scolaires »). Il joue régulièrement le rôle d’espace neutre et non-jugeant, où peuvent s’exprimer toutes les frustrations. Frustrations révélatrices d’un statut précaire et d’un manque de considération patent, en dépit du caractère essentiel et nécessaire de leur fonction. Souvent, je rêve d’une grève générale des accueillant-e-s… pour enfin éveiller les consciences.

Encore faut-il éveiller les consciences des accueillant-e-s eux/elles-mêmes. Mission accomplie quand un-e participant-e témoigne : « On se sent plus fort. On était une petite rivière et on devient un grand lac. On se valorise et on se sent valorisé au cours de la formation. Vous êtes notre bouffée d’oxygène : sur notre lieu de travail, on est découragé. »

Exutoire et « reboosteur », deux fonctions assumées par la force des choses. Dommages collatéraux. Car en formation, le CJLg se veut avant tout un lieu de rencontre, d’échange, d’expérimentation, d’apprentissage, de questionnement, d’évolution. Une opportunité donc, qui, faisant l’objet d’un article décrétal, revêt l’habit de la contrainte. Un quota d’heures à accumuler. Peu importe la thématique, peu importe l’utilité.

Au fond, s’il s’agit d’une formalité, à quoi bon consulter les accueillant-e-s quant au choix des formations à suivre ? à quoi bon les informer des formations auxquelles ils/elles sont inscrit-e-s ? à quoi bon construire un parcours de formation individualisé et réfléchi, qui réponde tant aux objectifs de la structure d’accueil qu’aux besoins de l’accueillant-e ? à quoi bon mettre fin aux « on a toujours fait comme ça » et prendre en compte les nouvelles idées des accueillant-e-s suite à la formation ?

Sans généraliser, un constat récurrent est effectivement la communication lacunaire entre la hiérarchie et le personnel ATL. En conséquence, en formation, on ne dénombre plus les désistements ni les pieds de plomb ayant franchi nos portes.

Outre ces dysfonctionnements internes, divers facteurs externes peuvent également mettre à mal l’obligation de formation… et nourrir les dérives intra-muros. Fonction peu prisée, l’accueillant-e est difficilement remplaçable, et est donc parfois forcé-e de se former entre deux temps d’accueil ou durant les congés scolaires. Fonction peu subventionnée, certaines communes ou écoles n’ont simplement pas les moyens – ou ne se les donnent pas ? – de financer la formation de leurs accueillant-e-s ni de les rémunérer pour ces heures supplémentaires. Enfin, l’accessibilité du lieu de formation peut aussi être un frein : se déplacer n’est pas toujours aisé pour certain-e-s accueillant-e-s… et a un coût !

À l’heure où s’écrivent de nouveaux cursus de formation pour travailler dans l’ATL, ne lisons-nous pas entre ces lignes le récit d’un secteur déconsidéré et sans débouchés ? Horaires découpés, salaire de misère, seul-e face à 50 ou 100 enfants,… à quand des conditions de travail plus respectueuses ? à quand une juste reconnaissance de l’importance de l’extrascolaire et de l’éducation non-formelle ? à quand un gouvernement qui accorde les moyens nécessaires et suffisants aux secteurs de l’Enfance et de la Jeunesse ?

Manon Dubois

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